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L'encyclopédie des hauts pays d'Artois

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Jeanne Deleloë, mystique méconnue originaire de Fauquembergues

            On ne sait guère que le modeste bourg de Fauquembergues a vu naître Jeanne Deleloë , sainte et mystique du XVIIe siècle, époque  où s’épanouit la Réforme catholique.

            Fauquembergues est alors d’Artois, cette terre de grand débat, à la limite de la frontière avec le Boulonnais, qui est du royaume de France. Le bourg n’a guère été épargné par la fureur des guerres. Néanmoins, en 1604, lorsque naît Jeanne Deleloë, fille de Laurent et de Martine Lemaire, l’Artois jouit des bienfaits de la paix : on en est au début de l’heureux temps des archiducs. L’équipement spirituel du bourg se trouve bientôt  renforcé, en 1612,  de la présence d’un petit couvent de bénédictines appelé « Beethléem »

            C’est dans ce couvent que Jeanne est éduquée. Elle s’adonne volontiers aux saints sacrements, répugnant aux plaisirs des filles de son âge. A seize ans, elle entre chez les Bénédictines et reçoit  l’habit monastique, de la main de Claude Dormy, évêque de Boulogne, avec grand contentement, expliquera-t-elle plus tard dans son autobiographie. Elle prend, au terme de son noviciat le nom de Saint-Matthieu. Elle est sous-prière en 1630.

 En 1635 éclate la guerre entre la France et l’Espagne. Fauquembergues craint les incursions ennemies. Onze bénédictines quittent alors la localité, sur l’instigation de l’abbé de Saint-Bertin et se réfugient dans une maison qu’il leur a concédée, à Poperinghe, en un lieu moins exposé. C’est là qu’en 1637, la prieure de Fauquembergues meurt et Jeanne assure sa succession. Les conditions de vie sont précaires et elle peine à assumer sa tâche. Ce n’est qu’en 1644 que les religieuses pourront acquérir une maison plus confortable.

            Le 6 janvier 1643, Jeanne Deleloë rencontre dom Martin Gouffart, chargé de conduire la réforme de Lorraine à Saint-Bertin, tâche dans laquelle il échouera, en grande partie à cause des circonstances de l’époque. Ce dernier deviendra abbé de Saint-Denis-en-Broqueroie, dans le Hainaut. De cette rencontre, allait naître une correspondance, dans laquelle la mère supérieure se confie sans réserve à ce nouveau directeur de conscience. Elle attend de lui qu’il la conduise vers la perfection, l’excellence spirituelle. Ainsi transcrit-elle les relations de son âme avec Jésus-Christ, « le bien-aimé Epoux, le Cœur aimable du divin Epoux. S’y trouvent aussi relatées les difficulté spirituelles qu’elle éprouve, sa crainte parfois de ne pouvoir bien se comporter. Jeanne y raconte aussi les moments sublimes où, transcendée, elle s’unit à Dieu ou connaît dans sa plénitude la Sainte Trinité. Elle s’y révèle mystique, perpétuellement inquiète, dans toute sa simplicité qui n’exigeait pas son obédience à une quelconque école de spritualité. L’observance stricte des règles bénédictines lui suffisait. Signe des temps, Jeanne manifeste aussi son grand attachement au Sacré Cœur de Jésus, source de toute pureté et sainteté, dévotion très actuelle en ce siècle de Marguerite-Marie Alacoque. Ses relations avec dom Gouffart ne cesseront guère et elle ira même le visiter dans son abbaye de Saint-Denys le 8 juin 1654..

La fin de la vie de Jeanne Deleloë est mal connue. Une de sœurs du couvent qui fut sa biographe évoque son abnégation, sa ferveur mystique, la terrible maladie qu’elle acceptera comme toutes les épreuves subies au cours de son existence, maladie qui devait l’emporter le 13 avril de l’an 1660, en odeur de sainteté.

           

Source : Destrée Bruno, Une mystique inconnue  du XVIIe siècle, la mère Jeanne de Mathieu Deleloë, 1904.

"La mère Jeanne Deleloe, Vie, correspondance et communications spirituelles",  [Introduction Sodart (Dom)], Maredsous, Coll. Pax, 1924).