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L'encyclopédie des hauts pays d'Artois

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Delétoille Nestor (1887-1968)

 

            Nestor DELETOILLE naquit à Preures, au hameau de Sehem, le 30 janvier 1887. Ses parents, cultivateurs, étaient également originaires de la région; Rosémond, natif de la Commune d'Alette en 1852 et sa femme, Léonie TANFIN, native de Preures. Par contre, ses grands-parents paternels habitaient le village d'Aix-en-Issart, près de Montreuil-sur-Mer. André-Jean-Baptiste DELETOILLE exerçait la profession de garde des bois ou celle de scieur de long, comme l'étaient son père et son grand-père (voir tableau généalogique).

             Dès le jeune âge, Nestor DELETOILLE entra au Collège Saint-Bertulphe de Fruges après le certificat d'étude.

             En 1966, lors des obsèques de l'Abbé TABARY, il lui rendit hommage à ce "Saint", et nous raconta quelques souvenirs personnels qu'il vécut au pensionnat de Fruges.

             "Le 2 octobre 1899, première promenade réglementaire, première punition; j'étais un peu campagnard, ne parlant que le patois de chez nous. Nous passions devant l'hôtel du cheval noir.

            Marchez en ligne droite, vous là-bas, mon gros garçon...

            Je me retourne et je dis à mon compagnon de route, Eugène DE CONTES: Qoi qu'y dit, ch'ti leu?

            Monsieur TABARY m'entend et me dit: vous me copierez dix vers de la fable du paysan du Danube, cela vous permettra d'être un jour "député". Les saints ont souvent un côté humoristique... Il ne m'a pas laché!..."

             ... Un jour, en classe de latin, objet: verbes déponents. Un voisin, Robert RIGAUD d'Heuchin, plus que gâté, fut dans l'obligation de copier sur moi, ses connaissances manquants. Je tirai profit immédiatement: un pâté de lièvre était dans le pupitre de mon Robert. J'y puisais avec mes doigts une superbe cuisse de lièvre. Un très bon pâté certainement.

             Mr TABARY s'aperçut de mon occupation parallèle:

             "Seriez-vous ruminant, DELETOILLE? me cria-t-il! Une demi-heure de piquet autour de la cour fut la sanction de mon trafic. C'était parfait pour me maintenir loin de ma gourmandise."

             Il cita plus loin dans son discours:

             "Après ma bonne mère qui m'a élevé si chrétiennement, c'est grâce à lui (l'Abbé TABARY) à son zèle sacerdotal, à sa vie exemplaire, que j'ai pu atteindre au grand honneur d'être prêtre, ainsi que ces quelques cinquantes curés qui furent aussi ses élèves".

             Le futur Abbé DELETOILLE acheva ses études au Petit-Séminaire de Boulogne-sur-Mer, puis au Grand-Séminaire d'Arras.

             Ordonné prêtre en 1912, il fut nommé vicaire dans la région minière. A la "Grande Guerre" de 1914 - 1918, on l'affecta dès 1916 dans les combats de la Somme, puis à l'armée d'Orient à Salonique. C'est là qu'il connut, comme il le disait, le fond et le tréfond de la misère humaine; il risquait sa vie pour se rendre auprès de la population de cette région qui vivait dans la zone de front, afin de leur apporter un soutien religieux et humanitaire.

             Démobilisé, puis affecté au Collège Saint-Bertulphe de Fruges en qualité de professeur, l'évêque d'Arras le nomma par la suite en 1937, curé de Canlers, son chef-lieu paroissial; il reçut également les paroisses de Ruisseauville, Avondances et Planques.

             C'est à l'âge de 50 ans qu'il put exercer son inlassable activité pastorale et apostolique, tant apprécier par ses paroissiens. Il restaura ses quatre églises, à son goût certe, mais "qu'il voulait très belles", et édifia quelques vingt et un calvairs. Il remit en place les vitraux endommagés par les bombardements, installa l'électricité, etc... et de remettre chaque chose à sa place; ce ne fut pourtant pas le cas à Avondances car le bénitier du 12ème siècle, bloc de granit, planté au beau milieu de l'allée centrale, génait notre Abbé, vexé sans doute de la place prépondérante prise par son bénitier. Il décida de le détroner et, devant sa résistance, employa les grands moyens: il le fit tirer par deux chevaux pour en venir à bout. Il ne réussit même pas à l'ébranler. Le bénitier resta solidement ancré à son église pour le meilleur et pour le pire...

             Curé de campagne et grand voyageur, il effectua trente neuf fois le pélerinage de Lourdes, trois fois celui de Saint-Jacques de Compostelle. On le retrouve aussi à Saint-Maximin de Rome, au Mont-Athos en Grèce et à Jérusalem.

             Passionné d'histoire, il amassa, sans ménager ni son temps, ni sa peine, des objets les plus divers. Ses collections de christs, de statues, de chandeliers (plus de trois mille pièces). Il rassembla aussi bon nombre de céramique, étains, armes et objets qu'il expose dans sa maison de la rue des Fontaines, à Fruges. Dans ce "petit Musée" (qui n'était que provisoire), il reçut de nombreuses personnalités, la télévision lui consacra plusieurs émissions.

             En 1962, l'Abbé DELETOILLE prit l'initiative d'élever une stèle en grès de Bretagne en souvenir des morts de la célèbre bataille d'Azincourt du 25 octobre 1415. Il choisit le carrefour de Maisoncelles et de Blangy pour l'emplacement de la colonne de grès car le Vicomte DE CHABOT-TRAMECOURT lui refusa le site du "Virginiaud". Le jour de l'inauguration attira une foule énorme, en raison de la popularité de notre Abbé; il y eut également la télévision et des archers Anglais avec le costume de l'époque. Beaucoup de monde se souvient encore de cet évènement!

             L'Abbé DELETOILLE passait pour un original: qui ne l'est pas?, et n'est-ce pas ce qui fait la personnalité de quelqu'un? Il y eut dans sa vie, des négligences, des maladresses, des incompréhensions: "tout homme n'a-t-il pas ses imperfections, des lacunes, ses limites, son tempérament?".

             Sous son aspect jovial, il cachait un coeur généreux et sensible. Malgré sa soutane usée, face hilare et mal rasée parfois, il était avant tout un prêtre "taillé dans le silex et le granit" comme il le disait, avec un tempérament survolté.

             Il mourut subitement le 10 juin 1968 à l'âge de 81 ans, après avoir assuré messe et vêpres, le jour de la ducasse de Canlers. Il repose au cimetière de Preures son pays natal, à côté de ses parents et de sa famille.

 Philippe May