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L'encyclopédie des hauts pays d'Artois

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Justine Fiolet  (1796-1876)

 Justine naît le 27 octobre 1796 à Cléty, fille de Jacques Fiolet  et de Rosalie Crendal. Les parents de Justine Fiolet sont originaires de Cléty même si son grand-père maternel est natif d’Alsace. Elle est donc issue d’un clan local car ses racines familiales se concentrent dans ce petit village qui se situe à quelques kilomètres de Dohem. Justine est née dans un milieu modeste : ses parents travaillent la terre.

Le père de Justine Fiolet, Jacques Fiolet, et sa mère, Rosalie Crendal sont paysans mais ne doivent pas être propriétaires des terres exploitées. Il ne peut être question pour Justine, comme pour son frère et ses sœurs, de poursuivre des études. Leur scolarisation représenterait un manque à gagner. L’instruction des enfants apparaît aux paysans comme un luxe dont l’intérêt est discutable.

Elle appartient à une famille qui se compose d’un garçon et de deux filles. L’aînée, Sabine est née le 8 floréal an III et la benjamine, Rosalie, née le thermidor an IX, est le premier enfant baptisé à l’église de Cléty lorsqu’elle est rendue au culte. Un frère, Séraphin, né le 8 thermidor an VII,  meurt à l’âge de 16 ans.

L’élève assidue devient, dès l’âge de 12 ans, une jeune institutrice. M. Lourdel, curé de Dohem, a vite repéré les qualités de Justine et décide de la prendre comme auxiliaire. Il lui confie les cours de catéchisme.

En 1819, les parents de Justine prennent conscience qu’elle se livre aux travaux de la terre plutôt par devoir que par goût et qu’elle aspire à une autre vie. La décision est déchirante à prendre  mais ses parents, trop chrétiens, ne peuvent s’opposer à la Providence et mettent de côté leurs préférences personnelles. Jacques Fiolet comprend son devoir et laisse sa fille répondre à sa vocation. Or, Dohem possède alors une école de filles dont l’enseignement est assuré par quelques jeunes filles pieuses sous la direction de l’abbé  Braure. Justine Fiolet arrive dans cet établissement en 1819[1].

Le noviciat actif au sein de l’école lui permet de mettre en œuvre ses qualités d’éducatrice même si elle souhaite combler ses lacunes. Les méthodes autodidactes ne lui suffisent plus. C’est pourquoi, elle décide de remédier à ses insuffisances pendant plusieurs années en se rendant, le temps des vacances, chez les Ursulines de Saint-Omer.

En 1835, Justine Fiolet décide de retourner à Cléty pour y fixer son nouvel établissement. Elle y retrouve sa sœur Rosalie et son beau-frère Augustin Bouquillon qui est entièrement disponible pour mener à  terme son projet. Ses ambitions ne sont pas démesurées. Justine Fiolet souhaite seulement un endroit pour y enseigner. Elle achète une prairie et les travaux d’aménagement du terrain s’organisent, ainsi la construction des bâtiments peut débuter.

La même année, elle obtient le brevet de capacité, délivré par M. Cadart, principal du collège de Saint-Omer, qui lui permet de régulariser sa situation.

En 1835, Justine Fiolet s’installe à Dohem dans une maison de ferme couverte de chaume aux allures très modestes. Son objectif initial est de faire la classe aux fillettes du village et elle se résout rapidement à ouvrir la porte aux pensionnaires. Ce pensionnat bénéficie du soutien de deux cousines en la personne de Clémentine Fiolet d’Avroult et de mademoiselle Dupuis de Renescure. L’une a en charge la surveillance des élèves et l’autre s’occupe du ménage. Les journées passent et se ressemblent. Le jour, Justine Fiolet assure la classe tandis que le soir, elle s’occupe des tâches quotidiennes d’entretien. Tour à tour boulangère, lessiveuse, la fondatrice suffit à tout et trouve un peu de temps pour prier. Le pensionnat rencontre très vite un succès certain et le nombre de jeunes filles ne cesse de croître.          

 

Justine Fiolet prend connaissance de la possibilité de former une association où des jeunes filles se réunissent en vue de visiter, de soigner les malades, d’ instruire les ignorants et de s’occuper des filles en ouvrant un externat. Justine Fiolet y adhère complètement et cette société lui permet d’assurer l’existence de son pensionnat et de ses sous-maîtresses tout en préservant sa famille. Ce compromis convient parfaitement aux sous-maîtresses qui décident de s’y associer. En 1843, elles prennent le titre de Filles du Saint-Cœur de Marie et ne fondent pas un institut religieux. Le choix pour la confrérie des Filles du Saint-Cœur de Marie s’inscrit dans le développement du culte marial au XIXème siècle .

 L’œuvre de Justine Fiolet ne se limite pas seulement à Dohem. Des maisons annexes voient le jour notamment à Fauquembergues en 1848 dont la direction est confiée aux demoiselles Sophie et Lucie Delattre, emportées par le choléra en 1866. Thérouanne bénéficie aussi de son pensionnat en 1849, dirigé par mademoiselle Lardeur. Ces écoles ne sont pas indépendantes et elles sont donc rattachées à la constitution des Filles du Saint-Cœur de Marie.

 Figure  : Portrait de Justine Fiolet (1796-1876)

 

Source : Abbé Noël, Sœur Justine l’âme d’une institutrice, Lille, Imprimerie de l’Orphelinat Don Rosso, 1894.

 

Le Pas-de-Calais, par l’intermédiaire des autorités ecclésiastiques et des notables conservateurs, refuse la création d’une école normale de filles et de garçons.  Les oppositions nationales s’appliquent également au niveau départemental. Le Pas-de-Calais décide de placer  les instituteurs et les institutrices dans des cours normaux par souci d’économie.

            Le 17 septembre 1849, un traité est conclu entre le Pas-de-Calais et la directrice du pensionnat de Dohem qui fait désormais office de cours normal de jeunes filles pour le département. A la rentrée de 1850, le Conseil général offre dix bourses et le ministre de l’Instruction publique cinq bourses. Ils consentent à quinze élèves de suivre les cours en qualité d’aspirantes institutrices au pensionnat de Dohem. Par cette décision, l’assemblée départementale opte pour les cours normaux pour la formation des institutrices. Sous la direction de Justine Fiolet, 500 aspirantes institutrices obtiennent le brevet.

                                                                                                                                           

Justine Fiolet quitte ses élèves, ses maîtresses et son pensionnat le dimanche 3 septembre 1876. Aux derniers moments qui précédent sa mort, la prédiction de M. Bailly, son directeur, revient à son esprit « J’ai vécu à Dohem, disait-elle, il me reste à y pourrir ».  Elle passe les cinq dernières années de sa vie à l’infirmerie. Sa disparition  est un  coup cruel  pour sa famille, les élèves, les maîtresses et les habitants de Dohem. Les funérailles sont à l’image de l’action accomplie par Justine Fiolet. Les habitants de Dohem, et de Cléty s’y pressent. Des prêtres, des religieuses, 160 anciennes élèves viennent lui rendre un dernier hommage. A la fin de la cérémonie, les maîtresses viennent déposer une blanche couronne sur le cercueil de la défunte.

 

 

Conclusion

 

Dohem est le berceau de l’éducation chrétienne des garçons et des filles du département du Pas-de-Calais. Justine Fiolet est l’instrument inattendu de la promotion de l’enseignement des jeunes filles. Une œuvre colossale voit le jour avec des résultats très prometteurs. Le pensionnat de Dohem s’associe sans aucun doute à Justine Fiolet. L’originalité de son établissement lui permet de bénéficier de la confiance de la population. Elle a un impact appréciable dans les campagnes du Haut-Pays. Son rôle est décisif pour promouvoir l’éducation des filles de ce XIXème siècle d’autant que son projet n’est pas une priorité nationale.

 

           

 

                                     Caroline DARNAUX