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L'encyclopédie des hauts pays d'Artois

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François Havet

Notaire à Lumbres, proche des Croix-de-Feu et du Parti Social Français,  il fait partie des otages emprisonnés en août 1940, suite à un sabotage de fils téléphoniques dans la localité. En 1941, il essaie de venir en aide aux soldats alliés restés dans la région et parvient à s’intégrer dans les premières filières d’évasion qui évacuent vers Marseille Britanniques et autres. C’est ainsi qu’il entre en contact avec Désiré Didry, de Saint-Omer, un des piliers de l’organisation Garrow- Pat O’Leary dans l’Audomarois, ce qui lui permet de faire évacuer quelques aviateurs dès l’été 1941.

Parallèlement, il recrute un groupe de bonnes volontés, désireux de faire « quelque chose » contre les Allemands qui occupent le pays. Viennent le rejoindre en autres, Henri Dacquembronne, Paul Lefrançois de Seninghem, Pierre et Clovis Wallon qui tiennent le café du Bléquin, devenu le lieu des réunions ordinaires des résistants lumbrois.

Pendant l’été 1942, après l’arrestation de Désiré Didry, le groupe Havet peut renouer les fils avec le réseau d’évasion Pat O’Leary, après un contact avec Norbert Fillerin. C’est ainsi qu’il pourra pourvoir au rapatriement, entre autres, de trois aviateurs abattus en septembre près de Bayenghem-lès-Seninghem. Entre temps, François Havet et Henri Dacquembronne avaient été contactés par d’autres organisations. En contact sans doute avec des résistants lillois affiliés à La Voix du Nord, ils sont sollicités au printemps 1942 pour faire partie du réseau Cohors. A l’automne de la même année, le groupe lumbrois est rattaché au mouvement O.C.M.  (Organisation Civile et Militaire) qui met alors en place ses structures et investit les zones rurales du Pas-de-Calais. François Havet, « Rick » selon son pseudonyme, devient chef de secteur.

L’activité des Lumbrois est relativement intense pendant l’année 1943. Elle est basée avant tout sur le renseignement et François Havet centralise les apports des nombreux agents qui s’activent dans le nord-ouest du Pas-de-Calais, de Calais à Boulogne, zone essentielle du Mur de l’Atlantique que renforcent constamment les Allemands. Les renseignements sont ensuite conduits à Arras grâce à des agents de liaison, puis de là à la centrale du réseau Centurie qui les communique par divers moyens à Londres. D’un autre côté, le groupe de Lumbres est tenu de repérer des terrains éventuels de parachutage, ce qui est difficile dans une région où la présence de l’ennemi est massive. L’on prépare aussi des groupes de combat pour la Libération que l’on espère. Enfin, les résistants lumbrois continuent de venir en aide aux aviateurs abattus, dans des conditions rendues plus difficiles après l’arrestation de Norbert Fillerin, en mars 1943, et le démantèlement du réseau Pat O’Leary. François Havet parvient à rétablir un contact, en septembre 1943, avec une autre filière d’évasion, le réseau Shelburn.

L’activité de la Résistance lumbroise n’est pas inconnue des services de répression allemands qui tentent de découvrir les hommes. Suite à une information fournie par une collaboratrice notoire, l’Abwehr III F de Lille (service de contre-espionnage) parvient à infiltrer un de ses agents dans le groupe, Erwin Streift. Quand celui-ci en sut assez, la Gestapo procéda, le 30 décembre 1943,  à l’arrestation de 23 personnes qui n’étaient d’ailleurs pas toutes dans la Résistance. Suite aux interrogatoires probablement musclés, la G.F.P. d’Arras put procéder dans les jours qui suivirent à d’autres arrestations[1].

Clovis Wallon, ancien combattant, fut fusillé à Fresnes en février 1944 ; Roger Delannoy, un garagiste courageux, conseiller municipal qui avait refusé le serment de fidélité à Pétain en août 1941, décéda dans sa cellule le 15 février, sans doute suite à d’atroces tortures. Les autres subirent le calvaire de la déportation : treize n’en sont pas revenus, dont François Havet, dont on ne sait comment il périt ; sa fille Francine fut gazée à Ravensbrück le 5 mars 1945, deux mois avant l’armistice..

 

 

 


[1]              Dufay Raymond, la vie dans l’Audomarois sous l’occupation. 1940-1944. Saint-Omer, 1990 et Lesage rené, La Résistance en Artois occidental, Lille-III, Revue du Nord, 1998