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L'encyclopédie des hauts pays d'Artois

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Saint Omer

Omer, évangélisateur des Morins, illustre parfaitement le siècle des saints dans l’ouest du Pas-de-Calais.  Il est le saint fondateur du diocèse de Thérouanne. Sa vie nous est connue par une narration relativement ancienne, puisqu’elle date du IXe siècle.

Omer (Audomar) naquit à Orval, dans le diocèse de Coutances, de Friulf et de Domitta, des chrétiens convaincus Après la mort de sa mère, le père et les fils entrent  monastère de Luxeuil, fondation colombanienne. Omer y devient un « moine parfait ». Vers 637, Dagobert le  nomme évêque de Thérouanne, à l’instigation d’Achaire, évêque de Noyon-Tournai. Ce fait a une double signification. Religieuse tout d’abord : sous l’inspiration de Grégoire Le Grand, il lui convient d’évangéliser, par l’éclat des grandes fêtes, et par la dignité de sa conduite et des ses paroles,  un territoire resté aux marges de la chrétienté, renforcé dans le paganisme par une récente et forte  implantation saxonne. Omer, excellant dans les parlers roman et germanique était l’homme de la situation. Politique ensuite : il convenait pour Dagobert d’intégrer ce territoire devenu rebelle au sein du royaume mérovingien et d’y faire reconnaître son autorité.

L’action d’Omer fut d’abord d’implanter la chrétienté dans les principaux lieux de son diocèse, à Thérouanne et Boulogne,  de la  marquer dans le paysage  , d’où la construction de groupes épiscopaux dans ces deux villes. Il fallait encore lutter contre le paganisme, racheter les captifs victimes de la piraterie qui faisait partie de l’ambiance de ces temps en nos zones littorales. La christianisation se devait de toucher en premier lieu l’aristocratie, ces potentats locaux maîtres de la terre et des hommes. La conversion du noble Adrowald, au nom étrangement saxon, s’inscrit dans cette problématique et fut considérée comme un miracle : n’avait-il pas oser narguer le saint évêque, « de plus suppôt du roi mérovingien », en pénétrant à cheval dans sa cathédrale. Touché par la grâce, il fit don vers 650 à l’évêque de son patrimoine (il était sans héritiers), constitué par la villa de Sithiu et ses dépendances.

La donation d’Adrowald fournissait les bases d’une implantation monastique, facteur essentiel pour l’efficacité d’une évangélisation en profondeur. Omer appela trois disciples, Momelin, Bertin et Ebertramme, pour le seconder dans cette tâche.  Un premier monastère, modeste, fut d’abord construit sur la rive flamande de l’Aa, à Saint-Momelin. Les désagréments du lieu poussèrent les moines à s’installer sur une île voisine de la colline de Sithiu où l’évêque avait fait ériger une église en l’honneur de Notre-Dame. On trouva là l’origine de l’abbaye de Saint-Bertin, qui obtint en 662 l’immunité, source de sa puissance pour les siècles à venir.

Sur sa vieillesse, Omer fut frappé de cécité. Il mourut, selon la tradition, en 670, peut-être au lieu de Wavrans-sur-l’Aa.  Son corps fut porté en l’église Notre-Dame de Sithiu. Ce lieu devait bientôt prendre le nom de l’évêque, sanctifié par la ferveur monacale et populaire. C’était l’un des  éléments d’un culte qui se répandit rapidement en Morinie et ailleurs.

L’œuvre de Saint Omer est fondatrice, dans la mesure désormais le diocèse de Thérouanne est constitué et que notre évêque inaugure une longue liste épiscopale. La réussite politique est tout aussi manifeste : l’existence contemporaine de comtes montre l’implantation  réussie du Pagus terwanensis au sein du royaume des Francs et plus particulièrement de la Neustrie.

 

Source : Vita Audomari ¸MGH.SRP, tome V [traduction : Le Bourdellès Hubert, dans La cathédrale de Saint-Omer. Huit cents ans de mémoire vive. (dir : Nicolette Delanne-Logié, Yves-Marie Hilaire, CNRS, 2001]

Bibliographie : Heuclin Jean, « Saint Omer et son temps », même ouvrage